Le Nordlicht, ou aurore boréale, est un spectacle naturel d’une splendeur rare.
Il se révèle aux voyageurs des régions polaires pendant les heures les plus sombres de l’année, se déployant dans un ciel constellé d’étoiles — comme une forme de réconfort destinée à ceux qui acceptent de se laisser enchanter par ses voiles ondoyants et colorés.

Il n’est pas surprenant que les habitants du Nord aient parfois eu l’impression qu’un orchestre invisible accompagnait l’aurore boréale, comme si elle portait les salutations d’amis disparus.
Une vieille coutume liée à cette croyance voulait que les enfants agitent un tissu blanc pour faire apparaître l’aurore entre les étoiles.

Mais tous ne regardaient pas cette lumière céleste avec émerveillement : beaucoup, saisis de peur, baissaient la tête, y voyant un funeste présage envoyé par Dieu, annonciateur de famine, de peste ou de guerre — une injonction à l’obéissance et à la foi.

Les autorités civiles comme religieuses tirèrent parti de cette crainte.
L’aurore boréale apparaissait sans motif apparent, en dehors du système planétaire que les lois de Newton, au XVIIᵉ siècle, permettaient d’expliquer.
Le mystère de l’aurore ne fut partiellement élucidé qu’environ deux siècles plus tard, grâce aux expériences menées en laboratoire par Kristian Birkeland.

On peut généralement observer l’aurore boréale dans une zone ovale entourant le pôle Nord, qui englobe le nord de la Scandinavie, s’étend vers le sud jusqu’à l’Islande, vers le nord jusqu’à la Sibérie, et traverse l’Alaska et le nord du Canada.

Le nord de la Norvège, avec son climat relativement doux et ses paysages majestueux, est devenu un lieu privilégié pour ceux qui souhaitent admirer ce phénomène.
C’est pourquoi on l’appelle la « terre douce des aurores boréales » : un pays qui accueille les voyageurs de loin à bras ouverts, où une danseuse céleste glisse comme une lumière guide à travers le ciel, devant l’immense décor de cette région.

Dès 1664, l’Italien Francesco Negri écrivait des lettres décrivant un phénomène qu’il observait dans le nord de la Norvège : il parlait de capre saltanti, ou « chèvres bondissantes » — le même terme employé par Aristote pour évoquer l’aurore.
De nombreux récits décrivent la Norvège comme le pays où l’on pouvait contempler ce spectacle extraordinaire.

L’un des premiers scientifiques étrangers à s’aventurer dans le nord de la Norvège fut l’astronome hongrois Maximilian Hell, envoyé en 1769 par le roi Christian VII à la forteresse de Vardøhus pour observer le transit de Vénus.
Pendant son séjour, il vit plusieurs fois l’aurore boréale et pensa qu’il s’agissait de rayons du Soleil et de la Lune réfléchis et réfractés par des cristaux de glace en suspension.

En 1838, une expédition française dirigée par le physicien Auguste Bravais séjourna à Bossekop, en Finnmark, dans le but de mesurer la hauteur du phénomène.
À l’époque, il régnait encore un vif désaccord quant à son altitude, et cette mesure était jugée essentielle pour comprendre sa véritable origine.
Aucune réponse définitive ne put alors être apportée — c’était bien avant l’invention de la photographie, et l’aurore ne pouvait être immortalisée que par des dessins.
L’artiste Louis Bevalet fut chargé de cette tâche, et ses illustrations comptent aujourd’hui parmi les représentations les plus belles et fidèles du phénomène.

Bossekop devint rapidement un centre majeur de recherche sur les aurores, et dès 1882-83, la Norvège y installa une station scientifique.
Le chercheur danois Sophus Tromholt possédait lui aussi son propre observatoire à Kautokeino, mais ses tentatives de photographier l’aurore restèrent infructueuses.

Le premier succès connu revient à l’ingénieur allemand Martin Brendel, qui réalisa les toutes premières photographies du phénomène en 1891 à Bossekop.

En septembre 1899, le professeur Kristian Birkeland entreprit, depuis les nouveaux observatoires d’Halddetoppen et de Talviktoppen à Bossekop, la triangulation du phénomène.
Birkeland et ses assistants y menèrent des observations décisives pour l’élaboration de sa théorie, inaugurant une nouvelle ère dans l’étude des aurores boréales.